Coup de cœur du CDI : « On ne dit pas Sayonara » d’Antonio Carmona
20 octobre 2025Mon résumé :
Élise est l’héroïne et la narratrice de cette histoire. Collégienne en classe de 6ème, la petite fille vit en France avec son père. Il est français et a rencontré sa mère, Sumire, une pianiste japonaise talentueuse et renommée, à Kyoto. Élise est donc métisse, moitié française et moitié japonaise.
Hélas, alors qu’elle n’avait que huit ans, sa maman est soudainement décédée. À partir de ce moment-là, son père a instauré toutes sortes de règles : interdiction pour Élise de poser des questions sur sa mère, de parler en japonais, de profiter de la culture japonaise (plus de mangas ou d’animés, plus de cuisine japonaise, plus aucun contact avec sa famille maternelle). Aucune photographie de la mère d’Élise n’est affichée dans la maison. Le piano, que sa mère affectionnait tant, prend la poussière dans une pièce fermée. Le cerisier dans le jardin, l’arbre préféré de Sumire, est laissé à l’abandon, en décrépitude, puisque personne ne doit l’arroser. Pour Élise, c’est comme si une sombre créature, représentant l’intense chagrin, la colère et l’incompréhension de son père face à ce décès, prenait possession de lui. Pour elle, il essaie de « gommer » l’existence de Sumire. Seulement, il reste une seule chose qu’il ne peut pas effacer : Élise elle-même. Elle sait que son père l’aime malgré sa ressemblance frappante avec sa mère et fait tout pour le protéger en évitant de le heurter.
Au collège, Élise devient amie avec Stella, une fille de sa classe. Stella l’invite régulièrement chez elle pour regarder Naruto (1) en cachette. Son père trompe son propre chagrin avec des rituels : préparer une tarte aux oignons (un prétexte pour pleurer à cause des oignons, rien d’autre…), offrir des puzzles à Élise, qui adore ça, se convaincre qu’ils sont heureux tous les deux… Pourtant, Élise est malheureuse. Elle n’ose pas reposer LA question à son père, celle qui la tourmente et qu’elle lui a déjà posée lorsqu’il lui a appris le décès de sa mère. Son père a catégoriquement refusé d’y répondre et Élise s’est heurtée à « la créature », à un mur. Cette question sans réponse, dont le lecteur devine la teneur au fil des pages, bouleverse de plus en plus Élise.
Mais un beau jour, sans prévenir, la grand-mère maternelle d’Élise, Sonoka, débarque chez eux, depuis le Japon ! Cela faisait quatre ans qu’elle n’a aucune nouvelle et n’a pas vu ni parlé à sa petite fille ! Sonoka ne parle pas du tout le français, ce qui oblige le père d’Élise à reparler le japonais, cette langue bannie. Petit à petit, Sonoka va apporter de l’apaisement au père d’Élise qui va commencer à se réconcilier avec sa femme défunte : une photo d’elle est déposée dans la maison et ils vont lui rendre hommage en y déposant des mandarines à côté. La chambre au piano est ré-ouverte et son père finit par ré-accorder l’instrument. Le cerisier dans le jardin est arrosé à nouveau. Si la présence de sa mamie arrange un peu les choses, elle ne règle cependant pas tout. Lorsque cette dernière s’en va, Élise sait qu’elle doit absolument poser LA question à son père…
Mon avis :
J’ai beaucoup aimé ce livre, qui se lit assez facilement. La thématique du deuil y est bien traitée avec une héroïne touchante. Le lecteur voit Élise grandir et son père évoluer doucement pour faire son deuil et pardonner à sa femme. Si le sujet du livre est assez grave, l’histoire est ponctuée de touches d’humour et de légèreté, notamment grâce à Stella, la meilleure amie rigolote qui va aider Élise à « affronter » son père en osant poser LA question.
J’avais deviné de quelle question il s’agit, à savoir la cause du décès de Sumire. Pendant tout ce temps, Élise ne savait pas comment sa maman est morte et n’a pas assisté à l’enterrement. En effet, le père d’Élise finit par enfin expliquer ce secret. Je m’attendais à ce que Sumire se soit suicidée vu le mystère entourant sa mort et la colère de son mari. Mais finalement, cette dernière est décédée lors d’un accident alors qu’elle partait faire un concert au Japon, où elle est enterrée. Si le père d’Élise a ressenti autant de colère, c’est parce qu’il avait lu un article disant qu’un séisme risquait de se produire. Il avait supplié sa femme de ne pas y aller mais Sumire ne l’a pas écouté.
L’histoire se termine avec le père d’Élise qui emmène sa fille au Japon puis sur la tombe de sa mère. Il lui présente également des excuses. Tous deux vont enfin pouvoir dire « Sayonara », qui signifie « adieu » en japonais.
Madame Geneste
Note : (1) Naruto est un manga qui existe en dessin animé.
Nota Bene : En 2023, ce roman a remporté le Concours du premier roman organisé par Gallimard jeunesse, Télérama et RTL. Il faisait partie de la sélection des romans du Prix Collégiens lecteurs de Gironde pour l’année scolaire 2024-2025 (on n’a pas encore connaissance du roman gagnant). Il fait également partie de la sélection du Prix des Incorruptibles pour l’année scolaire 2025-2026 pour la catégorie CM2-6e.

