Un bond dans le temps

par Anna BORRAS

Un bon dans le temps

Je suis assis en face de la psychologue, angoissé à l’idée de raconter pour la première fois ce qui s’est produit.
« Mon histoire est assez éprouvante et inexplicable mais je vais tout de même essayer de vous la raconter. »
En hochant la tête elle me fait signe de commencer.

« Tout démarra l’année de mes sept ans, assis sur un banc je la vis pour la première fois, cette magnifique fille aux yeux bleus. Elle était seule, l’air ailleurs, ses cheveux blonds volaient dans le vent, elle lisait au pied d’un arbre, puis elle partit. Les jours qui suivirent, elle était toujours là, seule. Quelques semaines plus tard, elle vint me voir, me demanda mon prénom, Maël, et nous nous dîmes réciproquement nos âges. Nous nous quittâmes car nous devions rentrer chez nous. Au dîner, je me rendis compte que je ne connaissais que son âge, elle avait treize ans. Cette nuit-là, je rêvai d’elle. Elle m’accompagna le lendemain au parc d’Hosewood. Nous nous balançâmes sur des balançoires pendant toute la journée, je m’amusais beaucoup. Quand le soleil se coucha elle me ramena chez moi sans un mot. Arrivé au coin de ma rue, nous nous dîmes au revoir. Je marchai sur les galets menant à ma maison. En fermant la porte d’entrée je me rendis compte que je ne lui avais toujours pas demandé son prénom, mais peu m’importa. Elle était devenue mon amie, gentille certes mais très peu bavarde. Je ne savais pas ce qu’elle pensait de moi, après tout je n’étais qu’un enfant face à elle. Les jours d’après, je me rendis à l’endroit où elle se trouvait d’habitude, elle n’était pas là. Au bout d’une semaine ma mère me dit qu’elle était partie sans aucune explication. Ce jour-là je me sentis seul, mais je ne mis pas longtemps à l’oublier.

Six ans plus tard en rentrant du collège, je croisai une fille au visage familier. J’essayais de mettre un nom sur ce visage mais je n’y arrivais pas. Ce soir-là je sortis prendre l’air. Assis sur une balançoire du parc en écoutant de la musique, je revis cette jolie fille. Je me décidai alors à aller lui parler :

  • Salut, comment tu t’appelles ? J’ai l’impression qu’on se connaît.
  • Je m’appelle Spencer Trinner, peut-être que tu m’as déjà vue car je viens d’emménager ici, dit-elle d’une façon peu assurée.
  • Ah oui, c’est peut-être ça, répondis-je peu convaincu.
    J’entendis un bruit étrange. Je me tournai pour voir d’où il provenait, puis me retournant vers Spencer elle n’était plus là. Elle avait disparu, je rentrai chez moi dans un état d’incompréhension, la tête remplie de questions.
    Où était-elle passée ? Peut-être que j’étais resté plus longtemps retourné ! Etait-elle encore là-bas ? M’attendait-elle encore ?

Au repas, je demandai à ma mère si elle connaissait de nouveaux voisins qui venaient d’emménager. Comme à son habitude elle fronçait les sourcils en signe de réflexion. Elle répondit qu’elle ne connaissait pas de nouvelle famille. Le samedi matin, Thomas, mon meilleur ami me donna rendez-vous sur la place du quartier. Au bout d’une heure d’attente il n’était toujours pas là et ne répondait pas à mes appels. A l’instant où je voulais partir, Spencer arriva.

  • Hey, salut ! me lança Spencer, ça va ?
  • Salut, oui et toi ? Où étais-tu passée hier soir ?
  • Euh… Je devais partir rejoindre mes parents ! dit-elle d’une façon peu convaincante.
  • Tu es parti si précipitamment que j’ai cru que tu t’étais volatilisée comme un fantôme.
    Elle rigola d’un rire qui me parut forcé.

Je lui proposai ensuite d’aller manger au café du coin. Assis l’un en face de l’autre, je me rendis compte à quel points ses longs cheveux blonds reflétaient les rayons du soleil, et combien son visage au teint pâle faisait ressortir ses beaux yeux bleus. On commanda une pizza à partager à deux, sa préférée.

  • Au fait dans quel collège es-tu ?
  • Je ne vais plus au collège, mes parents me font les cours.
  • Où habitais-tu avant ?
  • J’habitais au Québec, répondit-elle sèchement.
    Son ton me fit comprendre qu’elle n’aimait pas parler du passé.
  • Ok, je vais chercher la pizza, dis-je de façon déçue.
    Quand je me levais levai je vis Thomas, je l’appelai.
  • Thomas ! Où étais-tu ?
  • Désolé mes parents voulaient que je range ma chambre, dit-il honteux.
  • Ha ok, je te presen…, je me retournai vers Spencer elle n’était plus là !
  • Oui ? me demanda-t-il.
  • Non rien ! Bon je dois y aller on se voit lundi !

A partir de ce moment je compris que quelque chose n’était pas normal ! On ne pouvait pas disparaître comme ça, et son visage, je l’avais déjà vu mais où et quand ? Je me mis sur mon lit, et je me blottis sous ma couette. J’essayai de m’endormir. Au moment où mes yeux commençaient à se fermer, j’entendis le bruit d’une porte qui claquait, puis le grincement du parquet. Je n’étais d’habitude pas peureux, mais à ce moment-là je commençai à tressaillir. Tout à coup le son de la télévision s’alluma. Je sursautai, mon cœur battait à tout rompre. Je me décidai enfin à aller voir ce qui se passait, quand j’entendis le bruit d’un vase qui se cassait. Je courus dans la chambre de mes parents, personne. Dans la salle de bain personne, dans la cuisine, personne. Quand j’arrivai au salon, je vis le vase de ma grand-mère par terre en miettes et la télévision allumée. Je l’éteignis. Je ne pouvais plus respirer, j’étais paralysé par la frayeur et l’angoisse. Quand je me retournai vers ma chambre je crus voir Spencer.

  • Spencer, c’est toi ? Tu es là ? dis-je d’une voix tremblante.
    Je ne vis plus personne ! Je ne comprenais pas comment je pouvais la voir et ne plus la voir en deux secondes. Je me précipitai dans ma chambre et j’entendis la télévision se rallumer. Je courus me réfugier sous mon drap. Mes nerfs étaient tendus à l’extrême ! Je dus attendre dans cette position au moins une heure jusqu’à ce que j’entende la porte d’entrée s’ouvrir.
  • Maël, c’est maman, on est rentrés.
    Je voulais courir vers mes parents mais je ne réussis qu’à prononcer ces mots quand ma mère fut rentrée dans ma chambre :
  • La télé ! Le vase de grand-mère !
  • Que s’est-il passé mon chéri ? me demanda ma mère.
  • Le vase il est tombé ! La télévision, elle s’allumait toute seule, répondis-je effrayé.
  • Mais qu’est-ce-que tu dis ? Le vase est dans le même état que quand nous sommes partis, et la télévision est éteinte. Tu as dû faire un cauchemar.

Quand j’entendis ces mots, je restai perplexe. C’était peut-être vrai, ce n’était peut-être qu’un cauchemar ! A mon réveil plutôt matinal, vu que je devais aller en cours, je décidai de chercher le plus d’informations possibles sur Spencer, car j’avais compris que depuis le jour où je l’avais rencontrée des phénomènes étranges se produisaient. Je commençai par internet, la source d’information la plus importante de cette époque. J’entrai dans la barre de recherche : « Trinner Spencer » puis je cliquai sur la petite icône « rechercher ». Quand la page s’ouvrit, rien sur les Trinner ! C’était bizarre, normalement il y avait toujours quelque chose, un membre de la famille, mais là rien. C’était comme si la famille n’avait jamais existé ou qu’il n’y avait plus de Trinner depuis des années. Je regardai l’heure. Huit heures moins le quart, je devais partir au collège, arrivé devant le portail, je vis Thomas, je lui fis signe avec la main et il s’approcha.

  • Salut, ça va ? me demanda Thomas, ce soir il y a une brocante à la salle municipale ça te dit de venir ?
  • Ça va, cela peut être drôle, je viendrai.
  • Je te trouve bizarre en ce moment tu es sûr que ça va, sinon on se retrouve a dix-huit heures, promis je serai là cette fois ! dit-il.
  • Oui ça va ne t’inquiète pas, à tout à l’heure !

La journée passa assez rapidement. Quand je rentrai chez moi personne n’était là. Je fis mes devoirs, mangeai un bout de pain et je partis à la brocante. Je rentrai dans une grande salle remplie de stands avec des bricoles sans intérêt. Je passai de table en table sans voir Thomas. Je vis un stand qui attirait mon attention. C’était un stand rempli de vieux journaux qui dataient des années 1990 à 2010. J’observais les journaux quand je vis le nom de mon village en gros titre. Je pris le journal et je vis la photo d’une jeune fille de treize ans qui avait était tuée en 2003. En dessous de l’explication décrivant le meurtre, une photo d’une jeune fille qui s’appelait Spencer Boulier, elle était le portrait même de ma Spencer. Ce fut à ce moment que tout s’éclaircit dans ma tête. La fille que je venais de rencontrer était la même fille qu’auparavant, six ans plus tôt, c’était Spencer, mais elle n’avait pas vieilli et elle était morte ! Je courus à l’endroit où je l’avais vue pour la première fois, quand j’avais sept ans. Elle n’était pas là, je l’appelai, et elle apparut à l’endroit de notre première rencontre.

  • Spencer ! Pourquoi, comment ? demandai-je en larmes. Tu es morte ?
  • Oui je suis morte, Maël je dois partir, désolée, répondit-elle d’un ton triste.
  • Non ! criai-je.
    Elle déposa un baiser sur ma bouche et disparut.
  • Alors docteur, est-ce que j’ai rêvé ? »

Eléonore et Emie