La photo qui l’a téléporté

par Anna BORRAS

La photo qui l’a téléporté

« Papi ? Papi ? C’est quoi la photo qu’il y a dans le salon ? Celle où tu es sur un port.

  • OH ! Cette photo... C’est une longue histoire. Veux-tu que je te la raconte, Samuel ?
  • Ouais ! Ça a l’air cool !
  • C’était un soir de décembre 1947, quelques jours avant Noël, je devais avoir dix ans, je rentrais de l’école des garçons quand je croisai une vieille dame avec un chapeau qui me demanda son chemin. Mais vu que ma mère m’avait interdit de parler aux inconnus, je ne répondis pas et continuai de marcher mais... quelques mètres plus tard je fis demi-tour. Elle m’avait l’air si perdue que je pris pitié d’elle. Elle me demanda mon prénom ; je lui répondis :
    « Jean et vous ?
  • Danielle. Danielle Gerardi. »
    A présent que ce n’était plus une inconnue je lui indiquai le chemin de l’épicerie. Je rentrai vite chez moi parce qu’il commençait à neiger.

Quelques jours plus tard, Noël arriva. On avait invité toute la famille. Puis arriva l’heure d’ouvrir les cadeaux. Je ne me rappelle plus ce que j’avais eu comme cadeaux mais en tout cas ce que je me rappelle c’est qu’après les avoir ouverts, j’entendis quelqu’un frapper à la porte. Alors je courus vers la porte mais je ne vis personne alors je crus que c’était une blague mais... surprise je vis un cadeau posé par terre, je le pris et m’empressai de l’ouvrir et je vis...une photo, une photo de...de moi ?! L’homme sur la photo me ressemblait étrangement mais il devait avoir une trentaine d’année. En bas de la photo il y avait marqué : « Au revoir Jean D.G » Pourquoi D.G ? Pourquoi au revoir ? Je ne réussis pas à dormir, je pensais, pensais. Au bout d’un moment je m’endormis.

Mon père me réveilla, il ne faisait même pas jour. On alla à l’épicerie du coin qui faisait aussi bar-tabac et comme d’habitude, je pris une menthe à l’eau et regardai la rubrique nécrologique. Que des noms inconnus jusqu’à la lettre G... et là ce fut le choc ! Danielle Gerardi. Je devins tout pâle ; la vieille dame au chapeau était morte d’un AVC le soir de Noël. J’avais compris ! C’est elle qui m’avait passée la photo mais pourquoi ? Et surtout QUI !?... Qui était sur cette photo. Mon père m’appela : c’était l’heure de rentrer.

De retour à la maison je demandai la permission d’aller faire une bataille de boules de neige avec mes copains : permission accordée jusqu’au repas du midi. Je commençai à raconter l’histoire à mes copains, mais je n’eus même pas le temps de raconter mon histoire jusqu’à la fin, que je devais rentrer. J’étais en retard d’une heure, mon père était énervé et ma mère pleurait. Ils étaient inquiets. Pour me punir, je devais rester dans ma chambre toute l’après-midi. Je mangeai et allai dans ma chambre avec la photo. Je regardai la photo, réfléchissais à qui ça pourrait être et pourquoi elle m’avait passé cette photo... aucune idée ne me vint à l’esprit. Je m’endormis puis me réveillai quelques heures après (du moins c’est ce que je pensais). J’étais dans le noir dans ma chambre et je criai :
« Papa, Maman je peux sortir ? »
Et j’entendis une voix :
« Mais qu’est-ce que tu dis ? Tu as failli réveiller les enfants ! Rendors-toi, demain tu te lèves tôt. T’as dû faire un cauchemar !

  • Papa, Maman vous êtes là ?
  • Mais enfin chéri qu’est-ce qui t’arrive ?
  • Comment ça CHERI ??? Mais qui êtes vous ?
  • Si c’est une blague c’est pas marrant tu peux arrêter tout de suite. »

Puis j’allumai la lumière et criai. Je venais de me voir dans le miroir : je devais faire un peu plus d’un mètre quatre-vingts et j’avais de la barbe. Cette dame qui s’avérait être ma femme, me demanda d’expliquer ce qui m’arrivait. Alors moi je lui racontai mon histoire et elle m’eut l’air perdue. Après quelques minutes elle commença à parler :
« Mais ça veut dire que pendant vingt ans tu étais ignorant.
Apparemment oui... Mais qu’est-ce qui s’ est passé pendant tout ce temps ?

  • Moi je m’appelle Milena et on s’est marié il y a cinq ans. On s’est rencontrés dans un bateau : tu étais le capitaine et moi une simple passagère. On a trois enfants : Maria, Frédérique et Éric.
  • Je ne peux pas rester ! »
    Je m’en allai en courant avec ma photo, j’errai dans les rues, je pouvais seulement voir la lune. Une voix dans ma tête me disait : tu ne peux pas abandonner ta famille, tu vas apprendre à les connaître.

Le matin je retournai chez moi pour ne pas les laisser. Quand je rentrai dans la maison, je lançai un regard à Milena puis elle me renvoya un sourire de remerciement. Je dis bonjour à mes enfants comme si de rien n’était. Je ne mis pas longtemps pour me sentir à l’aise dans ma famille. Quand ils seraient plus grands, je leur raconterais mon histoire. Puis mes petits enfants arrivèrent les uns après les autres. Et voilà Samuel grâce à cette photo tu connais mieux ma vie.

Julie et Ugo