L’étrange bois de Covy

par Anna BORRAS

L’étrange bois de Covy

Les enfants, je vais vous raconter pourquoi j’ai cette morsure à la cuisse et par l’occasion comment j’ai rencontré votre mère :
« J’avais vingt-trois ans et je venais d’hériter de la maison de ma grand-mère. Elle était située dans le bois le plus sombre et froid d’Ecosse : le bois de Covy. Une légende racontait que dès qu’une personne y entrait elle n’en sortait jamais... sauf ma grand-mère. Le vingt septembre 1990, j’allais emménager avec mon chien « Brutus ». Il n’y avait aucun accès par voiture, le chemin commençait au début de l’autoroute. C’était un sentier terrifiant qui durait environ vingt minutes. A la fin du chemin, il y avait une maison qui était en bois sombre. Elle avait deux étages et une cave où le diable en personne n’aurait pu dormir.

Pendant la journée, je me promenai avec Brutus dans le bois sans fin. Je sentis alors une présence, qui me fit trembler comme une feuille, je me retournai mais il n’y avait personne. Le soir, je me couchai laissant Brutus dans son panier. A mon réveil, je vis Brutus, sur le canapé, la patte ensanglantée. La fenêtre était brisée et le canapé déchiqueté. Je ne comprenais pas car Brutus étant blessé, il n’aurait point pu faire tous ces dégâts. Je ressentis alors des frissons et une peur soudaine m’envahit. Toute la journée, je pensai à cette histoire et ce même frisson m’envahissait encore et encore. Le soir venu, j’allais me coucher lorsque j’entendis un bruit surprenant. Je descendis au rez-de-chaussé et ne vis personne, je descendis alors à la cave et vis Brutus grandir d’une telle sorte qu’il me dépassait. Mon sang ne fit qu’un tour ! Je pris mes jambes à mon cou et m’enfermai dans ma chambre. Je crus entendre des pas s’approchant de la porte. J’eus l’impression que la porte vola et Brutus se jeta sur moi. Je sentis alors une vive douleur dans ma cuisse. Brutus était prêt à me dévorer sans pitié quand j’entendis le hurlement terrifiant d’un loup. Soudain, il brisa la fenêtre et s’enfuit. Je rampai à la salle de bain où je me soignai. Je boitai alors jusqu’à ma porte, pris une canne pour me soutenir et m’assis sur le pas de la porte où je réfléchis à cet événement quelque peu déroutant. J’étais tellement épuisé par cette journée riche en émotions que j’allai m’allonger sur mon canapé encore déchiqueté et m’endormis.

Je me réveillai trempé de sueur, au clair de lune et me sentis lourd. Une grande force m’envahit et je regardai mes mains, elles étaient hideuses et poilues. J’entendis alors un hurlement semblable à celui de la veille. Je ne pus m’empêcher d’aller à l’origine de ce cri féroce et strident. Ce hurlement m’attira et je ne contrôlai plus mes faits et gestes comme dans un cauchemar. Je courus dans le bois puis trou noir ! Quelques minutes plus tard j’entendis un air de musique, mes paupières étaient lourdes. J’entrouvris mes yeux et crus apercevoir une silhouette. Je ne rêvais pas, une jeune femme se tenait devant moi. Elle était brune, aux cheveux mi-longs et aux yeux noirs mystérieux, elle avait des lèvres couleur prune et un teint mate. Elle mesurait à peu près un mètre soixante pour une fine silhouette. Quand elle me vit elle arrêta de chanter et me sourit. Je la questionnai alors :
« Qui êtes-vous et où sommes-nous ?

  • Je m’appelle Anna et nous sommes devant votre maison. » me répondit-elle calmement. Je me retournai et vis la sombre maison dont j’avais malheureusement hérité. Deux questions tournaient dans ma tête : Comment étais-je arrivé là et que faisait cette jeune femme ressemblant à un ange, ici, avec moi ? Elle dut voir mon interrogation et brisa la glace en me proposant de l’aide pour me relever. J’acceptai sans hésitation son offre. Nous fîmes plus ample connaissance autour d’une tasse de thé au salon de jardin. Nous parlâmes beaucoup de moi car elle ne parlait pas d’elle et évita le sujet mais j’appris qu’elle fut infirmière. Le soir venu, elle me demanda de l’accompagner pour une balade le lendemain dans le bois. J’acceptai encore une fois son offre. Elle m’ordonna de rentrer, de fermer mes volets et de m’endormir sans laisser rien ni personne rentrer dans ma maison jusqu’au matin. Je trouvais cet ordre curieux mais je ne pouvais rien refuser à une telle beauté ; j’étais comme ensorcelé. J’exécutai ses ordres à la lettre et m’endormis. Le matin, je me rendis compte que grâce à ses ordres je n’avais pas ressenti les mêmes engourdissements que la veille au soir. Comme prévu je retrouvai Anna devant le grand chêne. Nous nous baladâmes pendant deux heures, et à la fin de la balade je lui pris la main. Je vis en elle de la surprise puis de la joie.

Durant une semaine, nous répétâmes le même rituel : on se baladait et le soir je m’enfermais dans mon horrifiante maison. Un après-midi, pendant une balade, je lui proposai de venir dîner chez moi le soir. Elle rougit et accepta à une condition : qu’elle dorme chez moi pour ne pas ouvrir ma maison une fois la nuit tombée. J’installai une table ronde avec une nappe et des roses rouges accompagnées de deux chandelles. Je m’habillai d’une chemise blanche ainsi que d’un nœud papillon et un pantalon noirs. Elle portait une longue robe rouge, elle s’était légèrement maquillée et attachée ses cheveux d’ordinaires lâches. Pendant toute la soirée, on se dévora des yeux. Il devait être une heure du matin quand nous finîmes de manger et partîmes dormir chacun de notre côté. Le lendemain matin nous déjeunâmes ensemble puis nous nous assîmes sur le canapé et parlâmes toute la journée. Avant qu’elle parte, elle me donna un collier ying et yang avec seulement le ying. Elle me dit alors : « Je porterai le yang en guise de notre rencontre. »
Et je l’embrassai. Perturbé par toutes ces émotions j’oubliai de fermer mes volets et partis me coucher. La nuit venue, je ressentis les rayons de la lune sur mon visage. Je me transformai alors comme une semaine auparavant avec terreur mais cette fois j’avais conscience de ma transformation. Je voulus lutter mais ça ne servit à rien, le même hurlement me fit frissonner et j’allai à son origine. Je courus et aperçus Anna. Je ne contrôlais plus mes faits et gestes et je sautai alors sur elle pour la dévorer. Je commençai à lui arracher un petit bout de chair, puis toute la jambe alors elle hurla : « -BENDA BILILI ! »
Puis je m’évanouis.

J’ouvris les yeux et crus voir une femme vêtue d’une blouse blanche avec un badge où il y avait écrit : « Infirmière Anna ».
Je regardai alors son cou avec stupéfaction où je vis le yang. Elle me sourit et me chuchota à l’oreille : « Vous vous êtes fait mordre par votre chien à l’annonce de l’héritage de la maison de votre grand-mère, ensuite vous vous êtes évanoui et votre sœur nous a appelé après avoir retrouvé votre corps. »
Après cette parole et avec le peu de forces qu’il me restait, je lui sautai dans les bras et lui dit d’une voix fébrile : « Anna vous êtes ma destinée. »
Quelques années plus tard, nous nous mariâmes et vous arrivâtes. »

Voilà, je vous ai raconté l’étrange histoire de ma morsure et la rencontre avec votre mère.

Clara et Océane