Une poésie singulière

Une poésie singulière 3 novembre 1999 : J’ai...

par Anna BORRAS

Une poésie singulière

3 novembre 1999 : J’ai vu, il y a quelques temps, quelque chose de vraiment étrange…de très singulier, voire irréel…

C’était il y a trois jours, le soir d’Halloween. Mon ami d’enfance, David, était venu passer cette fête en ma compagnie. Une fois réunis, nous nous dépêchâmes de nous déguiser : David en monstre de Frankenstein, terrifiant. Il portait un masque représentant une figure verte, des cheveux bruns et des yeux globuleux. Le plus étonnant était ce clou, transperçant sa tête, de façon si bien faite qu’on l’aurait cru réel ! Et moi, j’étais simplement accoutré en fantôme, vêtu d’un drap de soie blanc et de lumières à la place des yeux.

Nous partîmes alors ainsi en quête de friandises et autres gourmandises. La soirée se passa bien laissant vite place à la nuit. Quand le ciel fut bien noir et notre panier bien rempli, nous décidâmes alors de prendre le chemin du retour… Nous discutions tout en marchant quand nous entendîmes un bruit des plus suspects, des plus angoissants, un bruit qui nous envahit de frissons… Ce bruit avait surgi du buisson que nous venions de passer, un buisson aux branches fourchues. Nous commençâmes donc à accélérer le pas par peur et nous nous sentîmes poursuivis. Cette angoisse n’avait pas lieu d’être car ce n’était que mon chien qui nous suivait depuis le début.

Après cette longue marche, nous arrivâmes enfin à ma demeure où nous attendait un agréable feu de cheminée que nous avions préparé avant de partir. Nous nous installâmes donc sur mon canapé confortable où nous nous entourâmes de délicieuses pizzas, tout en regardant, pour bien terminer notre soirée, le plus effrayant de tous les films d’horreurs…

Le film fini, nous décidâmes alors d’éteindre la télévision. Quand David se prépara à aller dans son lit, je l’interpellai en lui faisant remarquer qu’une partie du film m’avait fait penser à une poésie de frissons que j’avais apprise deux ou trois ans auparavant lors d’un de mes cours de français… Je commençai donc à lui réciter :

« Sombre soirée,
Nuit terrifiante,
Moi apeuré,
Par cette statue envoûtante,
Elle, éclairée,
Sous un rayon éblouissant,
Semblait aimer,
Mon état frissonnant… »

Dès que j’employai le mot « statue » je remarquai que mon ami était beaucoup plus attentif à mes paroles. Je trouvai ça bizarre mais je continuai tout de même mon poème :

« Bien entouré,
D’esprits malfaisants,
Des feux follets
Bondissant, tournoyant
Pour moi semblaient
Des servants de Satan... »

David me semblait de plus en plus étrange. Je décidai de stopper net ma récitation et c’est à ce moment-là que je vis la chose la plus étrange qu’il aurait pu m’arriver dans ma vie : ma poésie prenait vie ! David était aussi pâle qu’une statue de pierre blanche. Il était éclairé par le clair de lune et était entouré d’esprits malfaisants : des feux follets comme ma poésie l’avait prédit. La télévision qui, auparavant, était éteinte, grésillait a présent : détail ne figurant pas dans mon poème. Les bougies commençaient à perdre leur flamme. Quant à mon ami il perdit sa conscience...

Je sentis comme un esprit me pousser à continuer mon discours vivant et repris donc parole contre mon gré :

« Sous la surface se déterraient,
Des morts vivants, des revenants,
Moi angoissé, moi encerclé,
Par tous ces montres sanguinolents... »

Je vis alors des monstres transpirant de sang surgir du sol de mon salon. Toutes ces créatures s’approchaient de moi et je me sentais encerclé, comme un aimant qui attire touts les êtres terrifiants qui puissent exister !

« Les fenêtres claquées,
Les rideaux virevoltants,
Des verres cassés,
Dans un fracas étourdissant... »

Tout mon salon était saccagé comme si Eole était passé. Rien n’était là où il le fallait, toute la verrerie de ma mère était cassée, c’était l’horreur !

« J’étais possédé,
J’étais presque mourant,
Comme un être agressé,
Sombrant dans un enfer vivant. »

Et c’est à ces mots que je sombrai dans un sommeil si profond que je ne pus me réveiller qu’un jours après. Heureusement, toutes ces mésaventures faisaient partie d’un de ces mauvais rêves que je faisais assez régulièrement à cette époque, mais celui-ci me semblait le plus terrible de tous...

Tout d’un coup, je pensai à David et me levai précipitamment : je vis que tout était revenu à sa place et je vis aussi David, allongé par terre, probablement dans un profond sommeil dont je ne pus le retirer. Il avait gardé ce teint pâle qu’il avait eu la veille au cours de ma récitation. C’est à ce moment-là que je me retournai et sentis la terreur monter en moi quand je vis, là, devant mes yeux, toutes les créatures qui m’avaient tant effrayé la veille au soir ... !

Lou-Anne ARROYO et Elisa GRANGER