Une nouvelle vie

par Anna BORRAS

Une nouvelle vie

Il faisait beau ce jour-là, les rues étaient parsemées d’un doux et délicat parfum ; un parfum de lilas. C’était la fin de l’été. Le soleil était au rendez-vous et comme d’habitude j’allais chercher le journal du dimanche. Je vis un de mes collègues qui, comme d’habitude, me raconta sa vie. « Vivement qu’il parte celuilà » pensai-je. Cinq minutes après, je repris mon chemin en direction du kiosque à journaux. En marchant je vis un fleuriste, et je me dis que je pouvais acheter une fleur à ma femme. Je n’étais plus qu’à cent mètres de mon journal tant attendu. Je le pris et le gardai pour la lecture du soir. Une fois chez moi, j’offris les fleurs à ma femme :
« Surprise, voilà tes orchidées préférées ma chérie.

  • Elles sont magnifiques James ».
    Elle m’embrassa et me remercia.

Le soir, après le repas, je lus mon journal. Il y avait les informations de la région, la météo et un petit article accompagné d’une photo. Je vis une chose que je n’aurais jamais dû voir. C’était mon nom enfin… mon ancien nom : Edouard De Seguin. Le journal racontait que j’avais disparu. J’étais vraiment sous le choc. Au moment où j’allais me coucher, je vis arriver ma femme avec le journal à la main et elle avait l’air vraiment énervé. Elle avait vu la photo ! C’est vrai qu’au début elle ne comprit pas trop la situation. Elle me demanda juste pourquoi je lui avais caché ma vraie identité. Je lui racontai alors la raison de ce mensonge.

J’avais hérité d’un manoir de ma tante qui avait disparu inexplicablement. J’emménageai donc dans ce magnifique et ancien manoir. La première nuit, je dormis très bien. Le lendemain je sortis dehors. Il y avait des prés majestueux, ce n’était pas comme la ville où l’air était imbibée de gaz des pots d’échappements. Là, l’air était pur, on le respirait avec sérénité. Les alentours étaient verdoyants, je voyais toutes sortes de fleurs : des pâquerettes aux tulipes, des jacinthes aux violettes, le spectacle était magnifique.

Un jour, alors que j’allais au grenier, je vis un tas d’objets qui m’avaient l’air oubliés depuis de nombreuses années. Parmi eux, un joli tourne-disque qui fonctionnait encore. J’écoutai la musique pendant plus de deux heures. Ensuite, comme il était tard, j’allai me coucher. Ayant mal dormi, j’étais très fatigué. Il avait fait froid et ma couverture n’avait pas arrêté de glisser, comme aspirée par une force. La nuit suivante, le même phénomène se produisit. En plus, la fenêtre ne cessait de s’ouvrir. « Ça doit être le vent », pensai-je. C’est vrai que cela m’étonnait un peu. Je décidai alors de mettre une planche de bois devant la fenêtre pour la bloquer. Cependant la nuit suivante elle ne fit que s’ouvrir et la planche avait disparu. Je commençai à avoir un peu peur. Peut-être que pendant la nuit j’avais été somnambule ? Pour ne pas que ça se reproduise je fermai alors ma porte à clef. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la fenêtre ne s’ouvrit pas, la couverture ne s’enleva pas, mais….mais je crus entendre de la musique. J’allai dans le salon et vis le tourne-disque en marche ! J’avoue que cela m’effrayait. Je me posais pas mal de questions sur ce manoir, mais en aucun cas je ne croyais à tout ce qui touchait au paranormal. Je décidai donc de retourner me coucher mais j’avais du mal à me rendormir. J’avais l’impression d’être attiré par une force étrange et je n’arrivais plus à bouger mes bras. Dans ma tête, tout ce mélangeait.

La journée suivante, j’allai me promener pour me changer les idées. Pendant ma promenade, j’eus l’impression d’être suivi. J’entendais des bruits de pas derrière moi mais à chaque fois que je me retournais, je ne voyais rien….rien du tout à part la végétation. Alors je continuai de marcher, la peur circulait partout dans mon corps. Depuis que j’avais emménagé au manoir, il se passait des choses qui ne s’étaient jamais passées auparavant. Rentré chez moi, j’avais toujours l’impression d’être observé. C’était l’heure de manger, j’avais préparé un pot-aufeu. Le repas dans l’assiette, je remarquai une ondulation, comme si quelqu’un soufflait dessus et un souffle me caressa le cou. D’un seul coup je bondis de ma chaise et reculai. Je ne pris pas cet évènement à la légère. Je n’étais pas seul, quelque chose m’observait, me tourmentait.

Il était tard alors je partis me coucher. Je m’endormis très vite, mais peu de temps après, mon sommeil fut interrompu par un claquement de porte. J’eus très peur et sursautai d’un seul coup. Je ressentis des frissons dans tout mon corps et je ne voulais surtout pas que tout ça recommence. Je pris mon courage à deux mains et me levai malgré ma peur. Une fois dans le couloir, ma porte de chambre se referma en claquant. J’étais effrayé, je compris que quelque chose était là. Je commençai à croire au paranormal. Quelques secondes passèrent et toutes les portes du manoir se mirent à claquer. J’étais pétrifié de peur ! Tout à coup, le lustre tomba et une lueur en sortit. À ce moment-là une voix foudroyante retentit, elle me semblait familière : c’était ma tante disparue. Elle poussa un cri de souffrance. Je ne supportais pas ce cri strident : « Non ! Arrêtez ! ».

Aussitôt le cri cessa. Je me retournai vers le miroir et y vis le reflet de ma tante. Puis, je regardai derrière moi mais il n’y avait personne. Je compris alors la disparition de ma tante. Elle était emprisonnée dans le miroir. J’avais aussi compris qu’il ne fallait pas que je m’attarde dans le manoir, sinon il allait m’arriver la même chose. Je courus vers une sortie, mais la porte était fermée à clef. Aussitôt quelque chose passa derrière moi. Je me retournai et vis une silhouette noire et floue, effrayante. Cette fois j’en étais sûr, c’était un esprit. Il me fit tomber et me traîna par les pieds. Mon coeur battait tellement vite, que je crus m’évanouir. Je voulais sortir de toute cette histoire. « Au secours, au secours, aidez-moi, à l’aide ! ». Il fallait que je m’échappe car j’étais de plus en plus près du miroir. D’un mouvement brusque, je me libérai. Je courus aussi vite que possible, et me réfugiai au grenier sans faire de bruit.

Une fois au grenier, je me dis que j’allais sûrement y rester longtemps ; je me cachai derrière un vieux drap. J’étais tellement apeuré. Après quelques minutes, j’entendis un bruit de pas dans l’escalier qui menait à ma cachette. Il était là tout près de moi, j’en étais sûr. J’étais vraiment angoissé, il ne fallait pas qu’il me retrouve. Les bruits de pas se rapprochaient de plus en plus. J’entendais distinctement : « BOUM ! BOUM ! BOUM ! ». Les bruits continuèrent puis d’un coup, ils s’arrêtèrent. A ce moment-là, la trappe du grenier claqua et j’entendis : « Ca ne servira à rien de résister. » Dans ma tête, tout était chamboulé, non seulement cet esprit parlait, mais de plus, il pouvait me toucher. L’esprit déchira violemment le drap et m’attrapa par le pied. Je me débattis mais en vain. Puis, alors que tous mes espoirs semblaient perdus, un rayon de soleil traversa la fenêtre et arriva en plein sur l’esprit.

Je ne compris pas tout de suite ce qui se passait. Le soleil se levait, l’esprit était encore là mais il ne pouvait plus ni me toucher, ni me parler. Le soleil semblait être son point faible. J’en profitai pour aller chercher un marteau et je brisai le miroir. Par miracle, ma tante fut libérée. Elle me raconta qu’une nuit, alors qu’elle se regardait dans le miroir, l’esprit l’avait poussée pour l’enfermer. Il voulait avoir le manoir à lui tout seul. Mais elle n’eut pas le temps de terminer son histoire. Il fallait qu’on parte d’ici. Nous courûmes dehors avant de prendre la voiture et de partir loin d’ici et d’oublier toute cette histoire.

Quelques mois plus tard, nous avions changé d’identité pour ne pas que l’esprit nous retrouve. Et, chaque soir, malgré tout, j’avais peur qu’il nous reconnaisse et vienne nous hanter. Mon histoire terminée, je dis à ma femme que la seule chose que j’avais gardée du manoir, était le tourne-disque. Mais, elle eut du mal à croire tout ça, elle était en colère.

Le lendemain matin, j’allai chercher mon courrier. Je l’ouvris et vis écris : « JE T’AI RETROUVE ! » Je me mis à paniquer et m’écroulai par terre. Le cauchemar allait recommencer, j’en étais sûr, c’était l’esprit…

Lucie HAMMOUCHET Kelvin SECK-KOCK