Un revenant ?

par Anna BORRAS

Un revenant ?

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Un ciel bleu et une chaleur étouffante pesait encore sur Braga. Les journées étaient longues et fatigantes mais les vacances permettaient de se détendre. Les semaines passaient, je n’avais rien fait de particulier. A part aller au marché et passer un appel à mon père qui vivait en France. Oui, mon père a immigré en France il y a maintenant seize ans. Il avait préféré nous laisser, moi et ma mère, et partir seul. Le Français est une langue compliquée que je maîtrise peu. Ma mère est morte, il y a quelques années, de maladie.

Un jour, une malheureuse nouvelle me fut annoncée… Le téléphone sonna, je répondis :
« Bonjour, je suis bien chez Maria Fernandes ?

  • Euh oui … répondis-je avec mon accent.
  • Je suis la propriétaire de la maison de votre père et j’ai le regret de vous dire que votre père est …
  • Mon père est … ?
  • Décédé, me répondit-elle d’une voix basse.
  • Pardon ?
  • Je suis navrée. »
    En associant ces paroles, je compris. Je ne bougeai plus, j’éprouvai un sentiment de vide. Je reçus un coup de poing en plein coeur. Et j’entendais mon interlocutrice qui voulait savoir si j’étais toujours au bout du fil.

Je n’eus pas le courage de continuer la conversation, je raccrochai. Je fondis en larmes. Je n’y croyais pas ! Je me répétais dans ma tête : « Maman, tu es partie, mais papa va te rejoindre … »

Je regardais les heures défiler, je ne voulais pas être seule… Dans la soirée je décidai d’en savoir plus. J’appelai la dame qui m’avait annoncé la mauvais nouvelle. J’attendais qu’elle réponde. Plus ça sonnait, plus je me sentais mal. Quand je voulus raccrocher, j’entendis une petite voix qui disait :
« Il y a quelqu’un ?

  • Oui, je suis la fille de Monsieur Fernandes .
  • Ah oui, voulez-vous qu’on en parle ?
  • Oui ! répondis-je d’une voix tremblante.
  • Que voulez-vous savoir ? demanda-t-elle.
  • Le jour de l’enterrement ? Je peux demeurer chez lui un moment ? Et comment cela s’est …
  • Oui, venez dès que vous pouvez. L’enterrement a lieu dans trois jours et il a eu une crise cardiaque...
  • Ah ! »
    Je ne me sentis pas capable d’en savoir davantage. J’allai à la gare pour voir quand serait le prochain train. Il y en avait un à vingt-et-une heures. J’avais le temps de faire ma valise.

Le trajet me parut court... J’arrivai le lendemain matin. Je laissai mes bagages à la gare, à la consigne, et partis me balader dans Paris. Après cette promenade, je rentrai chez mon père. Je mangeai puis je regardai la télé, le salon était illuminé par la lune...

J’étais confortablement installé devant la télé. Je commençai à fermer les paupières quand je crus entendre des verres qui se brisaient, des assiettes... Je décidai d’aller voir ce qui se passait et je retrouvai toute la porcelaine de collection que mon père avait précieusement gardée, en miettes, par terre, dans la cuisine. Je crus rêver ! Je ramassai les débris tout en me questionnant : cela était impossible, un tel phénomène ne pouvait pas se passer. Puis j’entendis la fenêtre du salon se fermer d’un coup brutal. J’allai au salon en courant. Je constatai que la télé était éteinte, la fenêtre effectivement fermée. J’eus peur, très peur. Je trouvais ça incompréhensible. Je me dis que c’était la fatigue qui me faisait délirer.

Je montai dans la chambre avec une bougie à la main car le haut était sombre même avec le plafonnier allumé. Je posai la bougie sur le chevet. Alors, tous mes souvenirs passés ici avec mon père refirent surface. Je trouvai un livre sur le chevet, le pris et le lus pendant un moment pour effacer ce spleen, mais je dus arrêter ma lecture, cette histoire écrite en portugais qui parlait d’une famille au bord de la mer qui voulait
découvrir la campagne …

Je fus interrompue par la bougie qui s’éteignit toute seule. Je ne sais pas comment cela était possible mais j’étais sûre que ce n’était pas moi qui avais touché cette bougie. Pour me rassurer, je me dis que c’était sûrement le vent. Je restai éveillée un moment et m’endormis. Mais dans la nuit encore une chose troublante se passa : il me sembla entendre des bruits singuliers comme si quelqu’un marchait dans le grenier…

Le lendemain, en déjeunant, je repensai à tous ces bruits entendus dans la nuit. En y repensant, j’eus des frissons dans le dos. Vers dix heures, la propriétaire, venue me rendre visite, m’expliqua les conditions, le lieu et l’heure de l’enterrement. L’après-midi je décidai d’aller visiter le Louvre. Je mangeai un sandwich au bord de la Seine : je retardai mon retour chez mon père.

Arrivée à la maison, je me mis à trembler. J’essayai de m’endormir car j’avais peur qu’il se passe quelque chose d’anormal encore ce soir. Mais je ne pus y parvenir. J’entendais les cristaux du lustre qui s’entrechoquaient et qui faisaient un bruit aigu. Mais je ne comprenais pas comment cela était possible. Il n’y avait pas de vent cette nuit-là, et de toute façon, les fenêtres étaient fermées... Je me mis à lire pour arrêter de penser à ça. Tout à coup j’eus l’impression que quelqu’un montait les escaliers. Il me sembla que la poignée bougeait. Je me glissai sous la couette car j’étais terrifiée. Quelques minutes après, je sortis la tête. Je vis la porte grande ouverte et je crus apercevoir un humain transparent, comme … un fantôme ! Mais qu’ai-je dit ? N’importe quoi, cela était impossible ! Mais alors qu’était-ce donc ? C’était surnaturel, c’était donc moi qui n’allait pas bien ! Moi ? Ou tout ça s’est-il vraiment passé ? Non ça doit être moi sans doute ? Je me questionnai toute la nuit et je m’endormis enfin.

Le lendemain, il pleuvait. La journée s’annonçait mal. Arrivée à l’église, je connaissais peu de gens. Il y avait beaucoup de collègues, des amis … Je prononçai mon discours les larmes aux yeux :
« Papa, aujourd’hui tu n’es plus là , aujourd’hui moi je suis sans toi. Toi tu vas retrouver maman dans ce monde merveilleux là-haut, le paradis. Moi par contre, maintenant, je fais comment ? Je suis sans toi. Et ça je ne voulais pas l’imaginer et aujourd’hui je suis obligée de m’y faire. Pourquoi, mais pourquoi tu es parti ? J’aurais voulu mourir une minute avant toi, comme ça, je n’aurais pas eu à subir la souffrance de ta mort. J’aurais aimé être à tes côtés. Eu te amo pai ! »

Et je lançai sur le cercueil la fleur préférée de mon père : la rose blanche. Ensuite je choisis de rentrer chez mon père pour me retrouver seule. En rentrant, je crus m’évanouir d’angoisse et de peur. Je vis les pétales de roses blanches étalés dans la maison. Mais c’était incompréhensible... Tout ce que je voyais, entendais… C’était vraiment très bizarre... Je montai dans la chambre et je vis que la nuit tombait. Je ne voulais pas car j’avais remarqué que ces phénomènes ne se passaient que la nuit. Il était déjà trop tard. Je regardai autour de moi et il me sembla revoir ce personnage anormal. Je n’arrive pas à le décrire, il est inexplicable ! Ou je suis inexplicable ?! Je sentis la créature me toucher les épaules. Elle avait les mains aussi râpeuses que celle de mon père…

Je la laissai faire dans un premier temps puis me dégageai, remuant les mains dans tous les sens pour que cette créature disparaisse. Et là je me dis : « Je deviens folle ! » Je ne voulais pas continuer à avoir peur dans cette chambre dès que la nuit arrivait… Je pris ma valise, sortis de cette chambre et me trouvai dans le couloir où, sur un miroir, je crus voir écrit : « je t’aime aussi ». Je m’effondrai au sol et là je compris que ce fantôme était mon père ! Mais comment je peux dire des choses pareilles ! J’ai perdu la raison ? Sa disparation m’a rendue folle ?

Je rentrai au Portugal, retrouvai ma famille mais ne racontai rien car j’avais peur que l’on me prenne pour une folle. Mais un jour, j’entendis un message de la propriétaire de mon père qui disait : « Les résultats des analyses que vous avez demandées confirment que les empreintes relevées sur le stylo qui a été utilisé pour le mot écrit sur la glace sont bien celles de votre père ».

Juliette MENDES et Justine LOPES