Tableau magique

Tableau magique Un jour, alors qu’il faisait...

par Anna BORRAS

Tableau magique

Un jour, alors qu’il faisait beau, je sortis avec ma mère pour aller au marché, comme tous les mercredis. Ce jour-là, un antiquaire se tenait près du stand de légumes. C’était un vieil homme recroquevillé sur lui. Il avait un nez crochu et une longue barbe blanche qui lui arrivait au niveau du torse. Sur son épaule reposait un hibou ; il me fixait de ses gros yeux orange. Aux pieds du vieil homme, qui me semblait être un sorcier, dormait un chat noir, fatigué de sa vie. Des quantités d’objets les entouraient.

Je m’approchais de lui prudemment, attirée par tous ces merveilleux objets et bibelots, lorsque mon regard se posa sur un tableau imposant. Je fus comme hypnotisée par celui-ci. Il représentait un bateau, un chalutier, qui voguait au large. Ce que je lui trouvai d’exceptionnel, était l’impression de mouvement de l’eau. Il semblait si réel que j’en eus froid dans le dos, ce qui le rendit magique…

Je me dis que l’artiste avait un talent fou. Malheureusement il n’avait laissé aucune signature. Je le montrai à ma mère, qui me l’acheta. Au moment où nous nous retournâmes, j’entendis le sorcier murmurer dans sa barbe des mots qui, pour moi, n’avaient alors aucun sens : « Bonne chance pour ton aventure petite ! » Je voulus me retourner pour essayer de comprendre un peu plus en détail ce qu’il murmurait. Mais quand je me fus entièrement tournée, il avait disparu, ne laissant que quelques objets derrière lui. Un sentiment d’angoisse me prit mais la joie d’avoir mon tableau l’emportait.

De retour à la maison, je montai dans ma chambre et je l’accrochai avec l’aide de ma mère, face à mon lit. Le soir venu, j’entrai dans ma chambre et je m’assis sur mon lit pour contempler mon tableau. Le lendemain matin, je l’observai avec attention. Je remarquai avec inquiétude que l’eau s’était éclaircie et qu’un bout de plage apparaissait. Je descendis l’escalier précipitamment pour appeler ma mère. Elle vint dans ma chambre, observa le tableau et me dit que j’avais sûrement manqué des détails.

La nuit arriva et je montai dans ma chambre, encore vexée par le fait que ma mère ne m’avait pas crue. Je regardai l’oeuvre, et vis qu’elle avait encore changé : une personne s’activait sur la proue du bateau… Prise de panique, je voulus le rapporter à ma mère, mais me rappelant soudain de la manière dont elle avait réagi, je me retins de lui conter ce que j’avais vu. Après m’être remise de mes émotions, je me retournai de nouveau vers le tableau… L’homme me faisait des signes avec ses bras. J’allai me coucher bouleversée, ayant du mal à m’endormir.

Je me réveillai frigorifiée, tâtant le sol à la recherche de ma couverture. Ne la trouvant pas, je me levai pour chercher l’interrupteur, quand soudain, je heurtai un mur. Toute sonnée, je réalisai que ma chambre avait changé grâce à un fin rayon de lune qui traversait la seule fenêtre de la pièce. Soudain, prise de panique, je remarquai que je n’étais plus chez moi. Je pus distinguer deux escaliers malgré mon angoisse. Un qui montait et l’autre qui descendait. Je décidai d’emprunter le premier, puis, arrivant en haut de celui-ci, je me trouvai face à une énorme lampe qui éclairait la mer se déchaînant sur les rochers. Je me rendis compte que j’étais dans un phare. J’entendis la sirène d’un bateau. Je me dirigeai vers le balcon du phare.

Je reconnus un chalutier. La personne qui était à son bord me faisait des signes avec sa lampe torche. Quand soudain, une idée folle me traversa l’esprit ; et si j’étais enfermée à l’intérieur du tableau ?! L’homme continuait encore et encore à me faire des signes. Pensant que je n’avais rien à perdre, je décidai d’aller à sa rencontre.

Je courus sur le sable, encore froid à cette heure matinale. Je courais toujours, quand je me pris les pieds dans des algues. Le marin, m’ayant rejoint à l’aide d’un canot, me releva.
« Bonjour Chloé, eh oui, je sais comment tu t’appelles, car j’entends tout ce qui se passe dans ta chambre ! C’est moi qui t’ai amenée dans le tableau. Le sorcier Khaanam m’a enfermé dans ce tableau.

  • Pourquoi ?!
  • Un jour, alors que j’étais dans une librairie pour acheter des livres, je vis Khaanam
    transformer une vieille dame en un chat noir. De peur que je révèle son secret, il m’enferma dans le tableau qui se trouvait à côté de moi.
  • Mais c’est horrible !
  • Maintenant, une force invisible et puissante me retient près du bateau. Je ne peux donc pas aller dans le phare où se trouve la clef qui ouvrira la porte du monde réel. Il faut que tu y ailles pour moi. Elle se trouve dans la salle de commande du phare. Ne t’inquiète pas, quand je passerai, la porte disparaîtra, mais tu seras ramenée chez toi dès que le soleil se lèvera. Ne perds pas une seconde, car le temps n’attend pas et il ne te reste plus qu’une heure ! »

Sans hésiter, je me précipitai vers le phare. Dès mon arrivée devant la porte en bois pourri, je ne pus l’ouvrir. D’un coup de pied violent la porte vola en éclats. Je montai les escaliers quatre à quatre, quand des toiles d’araignées me bloquèrent le passage. Quand je les arrachais, elles se reformaient. La peur me gagna mais je voulais absolument réussir alors je me mis à courir le plus vite possible en les arrachant en même temps. Quand je fus tout en haut, j’entrai dans la salle. Je la regardai attentivement, puis j’ouvris des placards et des tiroirs mais je ne trouvai rien. Je commençai à désespérer lorsque je me retournai et vis un tiroir derrière la porte. Je me précipitai pour l’ouvrir. Une grosse clef en bronze s’y logeait. Je me dirigeai vers les escaliers quand je trébuchai. Je tournai la tête et je remarquai une petite clef en argent, de quelques centimètres, qui s’était glissée sous une lame de parquet. Je la ramassai puis je dévalai les escaliers à une vitesse folle mais je percutai la rambarde au niveau du genou. Ne sachant pas le temps qu’il me restait et souffrant atrocement, je continuai à courir jusqu’à lui afin de lui présenter les deux clefs. Il les regarda attentivement, puis prit la petite et la porta à sa bouche. Je le regardai avec stupeur. Il fit un mouvement brusque de la tête, puis me sourit. Il l’avait avalée !
« Merci beaucoup ! Je suis enfin libre ! Maintenant, il faut chercher la porte qui est cachée dans les rochers. »

Nous courûmes vers les rochers. Je me sentis tout à coup toute légère, un coup de vent me soulevait dans les airs.
« Que se passe t-il ?

  • Tu es en train de repartir dans le monde réel ! »

Je compris qu’il ne me restait plus que quelques secondes dans ce monde. J’aperçus soudain une porte grise dans les rochers qui étincelait grâce aux rayons du soleil qui se levait. Je la montrai du doigt… puis je disparus.

Je me réveillai en sursaut, allumai ma lampe de chevet et me précipitai vers le tableau. Je crus apercevoir la porte grise se refermer. Personne n’était présent dans le tableau. Je me demandai si je n’avais pas rêvé ! Je regagnai mon lit mais mon genou me faisait souffrir, je regardai et je vis un hématome…

Elise KRZYZANOWSKI et Emma DELAMOUR