A l’ombre d’un mort

par Anna BORRAS

A l’ombre d’un mort

Nous avions loué une maison isolée au bord de la mer. C’était l’endroit parfait pour passer quelques semaines de vacances.

De ma fenêtre j’apercevais la mer, si douce, si calme, dont les vagues s’étalaient sur le sable blanc. Tous les matins, j’allais marcher au bord de l’eau, seule, pour profiter du calme permanent. Quand je rentrais, mes deux frères ainsi que mes parents m’attendaient autour de la table pour que l’on déjeune ensemble. J’aimais ces rares moments de partage entre nous car mes parents étaient très absents à cause de leur métier et mes grand-frères étaient très fusionnels et me mettaient souvent à l’écart. Cependant, cette solitude était devenue pour moi une habitude, ce qui ne me dérangeait pas pour autant.

Un jour, j’allai rejoindre mes frères sur la plage en passant par des dunes dont j’ignorais l’existence. N’arrivant pas à regagner la plage, je retournai sur mes pas. Cet endroit était totalement désert. Mais, à ce moment-là, je pus observer des marques de pas dans le sable autres que les miennes. J’étais pourtant sûre de ne pas avoir été suivie. Mais comment cela était-il possible ?

Ces vacances étaient comme je l’espérais, tout simplement parfaites ! Cependant, je ressentais en moi un phénomène mystérieux… Celui d’être espionnée, suivie, ou peut-être même possédée. Je ne pouvais rester seule chez moi sans avoir ce sentiment de frayeur, sans regarder derrière moi de peur d’être suivie, sans que mon coeur ne batte à tout rompre… Étais-je folle ?

Ce soir-là, nous nous couchâmes tôt car nous avions passé une journée épuisante. Au bout de quelques minutes, je croyais que tout le monde s’était endormi. Ces manifestations devenaient pour moi une obsession, ce qui m’empêchait de dormir. La mer était agitée ce soir-là. De plus, j’entendais des bruits bizarres venant du sol, ou peut-être du plafond, comme si l’on déplaçait des meubles.

Le lendemain, j’eus du mal à me lever car ma nuit avait été affreuse. Je n’avais même pas le courage d’aller marcher au bord de l’eau. Le déjeuner fut l’occasion parfaite pour demander à ma mère ce qu’elle avait fait la nuit dernière. Mais elle me confirma qu’elle n’avait pas quitté son lit, tout comme mon père et mes frères. Je me rendais compte que mes impressions d’être suivie, espionnée, se confirmaient et devenaient réalité. Ou étais-je en plein rêve ? Mais je préférais garder ça pour moi. De toute manière, je savais ce que mes parents diraient, que c’était mon imagination.

Le reste de la journée fut angoissant pour moi. Je n’arrêtais pas de me poser des questions : ces bruits bizarres ne pouvaient pas être que le fruit de mon imagination ? Mais alors que me voulait cet être qui me hantait ? Pourquoi moi ? Mais qui était-il ?

Un soir, alors que je ne trouvais toujours pas le sommeil, un bruit attira mon attention. Je vis la poignée de ma porte s’abaisser. Puis, tout à coup, la porte s’ouvrit par un grand claquement. Envahie par la curiosité, je me précipitai dans le couloir pour tenter de démasquer l’auteur de toutes ces sensations étranges. Je vis une ombre s’atténuer peu à peu au fond du couloir, accompagnée d’un vent glacial sorti de nulle part. Terrifiée, je regagnai mon lit à toute allure et ne fermai pas l’oeil de la nuit.

Plus le temps passait, plus mes nuits étaient horribles, plus mes journées étaient longues, plus je sentais une présence derrière moi, plus j’entendais des voix, plus je voyais des ombres. Je ne voulais qu’une seule chose, c’était rentrer !

Quand arriva la fin de ce séjour, ce fut un soulagement. Dès mon arrivée chez moi, la vie reprit son cours, mais je n’oublierais pas de sitôt tout ce qui m’était arrivé. Dans les jours qui suivirent, nous reçûmes un appel. C’était le propriétaire de la maison qui nous apprit qu’il avait découvert, dans ma chambre, le corps d’une femme, qui avait disparu depuis des années. Ma respiration se coupa. C’est là que je compris tout.

Léa GRANET et Camille ZAGO