Le revenant d’Argentan

par Anna BORRAS

C’est une histoire peu commune et même complètement folle. Tout avait commencé il y a fort longtemps de cela, juste après la première guerre. J’avais terminé de servir mon pays. J’avais encore ma petite maison qui se trouvait dans le village d’Argentan, en Normandie.

Ce soir-là, je rentrais d’une soirée entre amis. Il faisait nuit, cette obscurité était si profonde que je pouvais à peine apercevoir mes pieds, c’était étrange. Cette rue était si sombre que n’importe quel homme aurait eu peur de s’y engager. Pourtant, je le fis. Elle était interminable, si longue que je ne pouvais en apercevoir le bout.

Tout à coup, je crus entendre un craquement. Je me retournai mais ne vis personne. Je me remis en route sans me douter que quelqu’un me suivait. Puis, j’entendis à nouveau un bruit. Je me penchai mais ce n’était qu’un simple buisson.

C’est alors que je sentis une main se poser sur mon épaule. Elle était glaciale et me tenait avec une force extraordinaire.

Je restai pétrifié, puis je me retournai mais ne vis ni homme, ni main. J’entendis alors une voix dans ma tête qui me dit :
« Guten Tag, soldat. Tu te demandes sûrement ce que je fais là ? Ne t’inquiète pas tu le sauras bien assez vite. » dit-il d’une voie cruelle et sadique.
Je lui répondis alors : « Qui êtes-vous et que voulez-vous ? »
Je demeurais sans réponse. J’aperçus ma maison, je rentrais et j’allais me coucher après cet événement fantastique.

Je n’avais pas la conscience tranquille car je ressentais encore le sentiment de cette main gelée et effrayante qui me pressait l’épaule avec cette force incommensurable.

Une fois la nuit passée durant laquelle, mon sommeil avait été troublé, je pensai d’abord que quelqu’un voulait me tuer, puis je crus à une mauvaise blague de jeune. Suite à cela, je repris le travail comme j’en avais l’habitude. Je me posai encore des questions sur ma nuit précédente. Une fois le soleil couché et mon travail achevé, je rentrai chez moi, dans une nuit toute aussi obscure que la précédente.

J’allais m’engager dans ma rue mais le frisson ressentit la veille surgit de nouveau. Je préférai contourner cette rue en passant par une ruelle plus éloignée. La douleur qui pesait sur mon épaule disparut.

C’est alors que j’aperçus un jeune homme, d’une vingtaine d’année selon moi, vêtu d’un long manteau de la grande guerre. Il s’approcha de moi et posa sa main sur mon épaule. Elle était tout aussi glaciale et pesante, exactement la même sensation m’envahit. Aussitôt son visage me revint à l’esprit. C’était un ancien soldat allemand, que j’avais tué avec mon propre couteau pour protéger un des miens. Avant sa mort, il m’avait regardé dans le blanc des yeux en me disant d’une voie faible et impuissante :
« Je te retrouverai… »

Ce fit la première personne que j’avais tuée. Je m’étais senti rempli de remord et de tristesse.

Pendant que je repensais à cette histoire, il me dit : « Je t’ai retrouvé ! »
Je sentis une force m’attirer contre le sol. Puis je m’évanouis dans une inquiétude à la fois étrange et inexplicable.

Lorsque je me réveillai, j’étais cloué dans un lit d’hôpital auprès des médecins. Je me levai en sursaut mais un infirmier me pria de me recoucher.

Je m’endormis mais fis un atroce cauchemar. Celui-ci représentait la soirée précédente mais le regard du soldat envers moi était différent. Comment un homme pouvait refléter autant de violence et de haine en un simple regard ? Je me vis mourir, massacré et torturé par cet individu. Suite à cela, je me réveillai couvert de sueur.

Lorsque je sortis de l’hôpital, je décidai de rentrer chez moi. Une fois devant ma maison, je remarquai avec effroi que la porte était entrouverte et j’entendis quelque chose se briser. Une fois à l’intérieur : je scrutai chaque recoin de ma maison, et je vis un vase cassé par terre. Je me remis à la recherche d’un quelconque indice sur la présence de quelqu’un dans ma maison mais en vain. J’étais terrifié à l’idée que cet homme était rentré chez moi et qu’il reviendrait sûrement ici.

Suite à cela, après un long moment de réflexion, je pris la décision de partir loin, très loin de ce village maudit. Je vendis ma maison et je me mis en route pour une autre habitation dans la ville de Bordeaux.

J’appris quelques semaines plus tard que mon ancienne maison avait été brûlée et qu’on avait juste retrouvé un manteau de soldat…

Aujourd’hui encore je sens cette main froide et puissante tous les soirs à la même heure ainsi que cet individu à l’origine de tous ces étranges cauchemars.

Matt et Ronan