La garde de nuit

par Anna BORRAS

Cela faisait quelques mois que j’étais au chômage, mais un jour je trouvai enfin un travail : gardien de nuit au musée archéologique de Grenoble. L’ancien gardien était parti à la retraite. J’embauchai donc pour ma première veillée …

Tout était calme. J’entrai dans ma cabine, à gauche il y avait les écrans et le bureau, et à droite des casiers, chacun appartenant à un membre du personnel. Sur le bureau il y avait un château d’eau. Je commençai à avoir sommeil, mais il ne fallait pas que je m’endorme …

Dans les environs de onze heures du soir, je me surpris à baisser les paupières mais quelque chose venait d’attirer mon attention. Il me semblait avoir vu un petit orbe de lumière dans la salle égyptienne. Elle venait du couloir central, passait à côté d’une étagère contenant des outils puis elle s’arrêtait sur la vitrine du sarcophage contenant une momie. Intrigué j’allai dans la salle égyptienne pour vérifier. Je ne pouvais pas me permettre de négliger ce genre de détail même si je pensais avoir rêvé… Une fois arrivé dans la salle égyptienne, je sentis une odeur semblable à celle qu’on sent dans une grotte. Je vis la cage de verre du sarcophage entrouverte. Cela devait être un oubli de la part du personnel, comme quoi j’avais bien fait de venir ici … Je fis bien attention à refermer la cage de verre avec mon trousseau de clés un peu rouillé.

Une heure plus tard je crus voir le même phénomène, cela ne pouvait donc pas être causé par mon imagination. Je retournai alors à la salle égyptienne : la cage de verre était de nouveau ouverte, et toujours cette odeur …

Je me redirigeai vers ma cabine, je m’assis sur mon fauteuil, je fermai les yeux pour essayer d’oublier ce qui venait de se passer. C’est alors que j’entendis un bruit de verre brisé venant de la salle égyptienne. J’eus la chair de poule. Je me levai et courus vers la salle. Je découvris avec frayeur que la cage de verre était cassée. Sans réfléchir je me mis à courir à vive-allure vers ma cabine pour m’y réfugier. Je pris mon téléphone pour appeler le conservateur du musée, mais l’appel se coupa ... mon sang se glaça ... les écrans de télésurveillance commencèrent à se brouiller un par un … tous les écrans devinrent gris … et des mots se formèrent sur les écrans … je pouvais distinguer cette phrase : « Je veux partir en paix ». Je fus pétrifié par la peur … La petite voix féminine du système de sécurité dit « Vitrine cassée, verrouillage des portes enclenché ». Je savais que quand le verrouillage s’activait, il alertait la police, et que les portes ne pouvaient à nouveau s’ouvrirent que lorsque les policiers seraient sur place. J’avais une grande crainte : la cage de verre cassée, comment allai-je expliquer cela aux policiers ? Si je leur disais que c’était sûrement « la momie » ils me prendraient pour un fou. Je fermai les yeux pour me concentrer et trouver une solution.

Quand je les rouvris, la salle de surveillance était plongée dans le noir, le courant était coupé ! Je restai sur ma chaise tétanisé par la frayeur. Après quelques minutes je décidai d’agir : j’attrapai ma lampe torche … je parti en quête du disjoncteur … Une fois devant le disjoncteur je voulus rétablir le courant mais le levier était cassé ! Je crus entendre une voix faible et grave venant du bout du couloir … Je me retournai, je mis ma lampe en direction du couloir et je vis une ombre se faufiler vers la salle égyptienne … Il y avait eu un bruit d’objet qui tombe. J’entendais mon cœur battre à vive allure … mais je décidai d’affronter ma peur … Je me dirigeai vers la salle où « la momie » était allée … Quand je fus dans la salle ,je regardai partout mais aucune trace d’individu. J’entendis la même voix grave qu’à l’instant d’avant venant de derrière moi … Jamais je n’eus tout au long de ma vie autant de surprises car derrière moi il n’y avait rien ! Comment cela était-il possible ? J’étais sûr qu’il y avait quelqu’un avec moi dans ce musée ! Puis, deux secondes après, je m’endormis …

Quand je me réveillai . Je vis autour de moi des policiers, le directeur du musée et plein d’autres membres du personnel. Les policiers me questionnèrent :
« Qu’est-ce qui s’est passé ici ? Pourquoi le verrouillage des portes s’est activé ? Pourquoi la momie n’est plus dans son sarcophage ? Hein, pourquoi ?

  • En fait … » J’allai leur expliquer quand le même policier me dit :
    « Tu nous expliqueras tout ça au commissariat ! »
    Juste avant de partir, j’aperçus un détail qui m’avait échappé à l’instant d’avant, il y avait là par terre, le badge du conservateur du musée.

Une fois au commissariat, je devais écrire dans un rapport tout ce qui s’était passé depuis le début de la nuit. Je donnai ensuite mon rapport à un des policiers, et attendis dans la salle d’interrogatoire. Un policier entra dans la salle, je lui dis que j’avais vu le badge du conservateur près de l’interrupteur et lui demandai de vérifier les écrans de télésurveillance pour voir si il n’avait pas volé la momie pour faire une arnaque à l’assurance, on ne savait jamais. Le policier alla chercher les bandes de télésurveillance. Cinq minutes plus tard il revint avec une petite télé branchée à un magnétoscope qui lisait la cassette de télésurveillance. Il me dit :
« Nous allons étudier cette cassette ensemble !

  • D’accord, je vais essayer d’être le plus utile possible ! »

Ce que je découvris dans la cassette fut impressionnant même effrayant, je vais vous expliquer pourquoi : il n’y eu pas eu de petites orbes c’était seulement des insectes, l’individu qui avait ouvert et cassé la vitrine n’était pas la momie, ni le conservateur, cela fut horrible à vivre pour moi, car cette personne c’était … MOI ! C’est aussi moi qui avais coupé le courant, enlevé la momie, en fait enlevé n’est pas le meilleur terme, mais plutôt déchiqueté, il ne restait à la fin plus que quelques petits bouts de la momie.

L’ombre qui bougeait n’était pas la momie mais un écriteau qui montrait le sens de la visite qui tombait. Les écrans n’avait jamais été brouillés, il n’y eu jamais eu de voix et aucune phrase ne s’était écrite, c’était juste moi qui avais eu des hallucinations, le courant n’avait jamais été coupé par une autre personne que moi. Et le badge par terre c’était juste le conservateur qui l’avait fait tomber en essayant de rétablir le courant.

On me plaça dans un asile psychiatrique en disant que j’étais atteint de schizophrénie aiguë, de psychose et que j’étais potentiellement dangereux....

Hippolyte et Samuel